19 juillet 2011
15 juillet 2011
Antwerp Central | Peter Krüger d'après WG Sebald
> www.antwerpcentral.be
ANVERS CENTRAL (93’) fait voyager le spectateur dans l’espace physique et mental de la cathédrale ferroviaire d’Anvers, de sa naissance à nos jours. Le film nous fait parcourir trois siècles d’histoire de Belgique, depuis l’époque où les chemins de fer belges posèrent leurs premières voies jusqu’à l’aménagement de la ligne à grande vitesse, au XXIe siècle. Le souvenir du passé colonial et la cohabitation d’un zoo, d’une gare et d’un quartier juif évoquent un monde surréaliste dans lequel des éléments antagonistes tels que l’homme et l’animal, la nature et l’industrie, le baroque et la modernité, le déclin et l’essor sont entrelacés de manière complexe.
Inspiré d’une œuvre de W.G. Sebald intitulée Austerlitz, Peter Krüger, scénariste-réalisateur, aborde la ‘middenstatie’ comme un lieu magique et réaliste à la fois, où se mêlent sans cesse passé et présent, histoire et quotidien, fiction et réalité. Le film a pour fil rouge les réflexions et les rêveries d’un voyageur, interprété par Johan Leysen, qui arrive à Anvers et nous fait observer le lieu à travers son regard.
Non seulement il nous raconte l’architecture particulière et le contexte historique du bâtiment, mais il nous en dévoile aussi les aspects cachés et mystérieux. Un paon fait la roué, le temps s’arrête, un lion erre dans le hall, une vieille locomotive fait son retour en gare, une chorale se met à chanter sur l’escalier monumental… la réalité dépasse l’imagination et vice versa. Où est la réalité ? Où est le rêve ? Le temps n’est-il pas davantage que la transformation de l’espace ?
ANVERS CENTRAL est un film où les observations visuelles sont l’occasion de considérations historiques, humoristiques et poétiques sur la cathédrale ferroviaire d’Anvers.
Walking in the footsteps of WG Sebald
Stuart Jeffries retraces the Suffolk coast walk that inspired WG Sebald's greatest novel, The Rings of Saturn. He is joined by filmmaker Grant Gee who has made a new documentary that follows in the author's melancholy footsteps
The Guardian, 1er février 2011.
12 juillet 2011
Krapp's Last Tape (La dernière bande) | Samuel Beckett (1958)
Krapp : Harold Pinter. Réalisé par Ian Rickson, A Royal Court Theatre production, 2006.
Krapp : John Hurt. Réalisé par Atom Egoyan (Beckett on Film), 2001.
Krapp : Patrick Magee. Réalisé par Donald McWhinnie, BBC, 1972.
TAPE: —gooseberries, she said. I said again I thought it was hopeless and no good going on, and she agreed, without opening her eyes. (Pause.) I asked her to look at me and after a few moments—(pause)—after a few moments she did, but the eyes just slits, because of the glare. I bent over her to get them in the shadow and they opened. (Pause. Low.) Let me in. (Pause.) We drifted in among the flags and stuck. The way they went down, sighing, before the stem! (Pause.) I lay down across her with my face in her breasts and my hand on her. We lay there without moving. But under us all moved, and moved us, gently, up and down, and from side to side.
Pause. Krapp's lips move. No sound.
Past midnight. Never knew such silence. The earth might be uninhabited.
Pause.
Here I end this reel. Box—(pause)—three, spool—(pause)—five. (Pause. Perhaps my best years are gone. When there was a chance of happiness. But I wouldn't want them back. Not with the fire in me now. No, I wouldn't want them back.
Krapp motionless staring before him. The tape runs on in silence.
CURTAIN
BANDE. — Groseilles à maquereau, m'a-t-elle répondu. J'ai dit encore que ça me semblait sans espoir et pas la peine de continuer. Et elle a fait oui sans ouvrir les yeux. (Pause) Je lui ai demandé de me regarder et après quelques instants — (Pause) — et après quelques instants, elle l'a fait, mais les yeux comme des fentes à cause du soleil. Je me suis penché sur elle pour qu'ils soient dans l'ombre et ils se sont ouverts. (Pause) M'ont laissé entrer. (Pause) Nous dérivions parmi les roseaux et la barque s'est coincée. Comme elle se pliait avec un soupir devant la proue, je me suis coulé sur elle, mon visage dans son sein et ma main sur elle. Nous restions là couchés. Sans remuer. Mais sous nous, tout remuait, et nous remuait, doucement, du haut en bas, et d'un côté à l'autre.
Pause. Les lèvres de Krapp remuent sans bruit.
Passé minuit. Jamais entendu pareil silence. La terre pourrait être inhabitée.
Pause.
Ici je termine cette bande. Boîte — (pause) — trois, bobine (pause) — cinq. (Pause) Peut-être que mes meilleures années sont passées. Quand il y avait encore une chance de bonheur. mais je n'en voudrais plus. Plus maintenant que j'ai ce feu en moi. Non, je n'en voudrais plus.
Krapp demeure immobile, regardant dans le vide devant lui. La bande continue à se dérouler en silence.
(FIN)
Traduction française de Pierre Leyris et de l’auteur dans Les Lettres Nouvelles, n°1, mars 1959 ; La dernière bande, éditions de Minuit, 1959.
> Le texte intégral (anglais) est ici.
10 juillet 2011
05 juillet 2011
Absent Jews and Invisible Executioners: WG Sebald and the Holocaust | Will Self
Sebald Lecture, 11 janvier 2010, Kings Place, Londres. (A télécharger ici.)
Le Times Literary Supplement a publié une version remaniée de la conférence : Sebald, the good German? Will Self on W. G. Sebald’s writing about the Holocaust, le 26 janvier 2010.
> Présentation sur le site du British Centre for Literary Translation
WG Sebald's novels are almost unique among the narrative fiction written by non-Jewish Germans in the postwar period for their depiction of the lives of Jews affected by the Holocaust, but to what extent was Sebald's approach to the Holocaust itself symptomatic of a deeper and intransigent form of denial?
In this year's Sebald Lecture, Will Self will analyse Sebald's historical writing in the light of the evolving historical understanding of the Holocaust and the part the German people took in it.
When it comes to such crimes against humanity, is it possible for there to be a literature either by, or about the perpetrators, and what purpose might such writings fulfil?
The Sebald Lecture also celebrates the best in contemporary translation, with the presentation of the annual Translation Prizes (administered by the Society of Authors) and presented by Sir Peter Stothard, Editor of the Times Literary Supplement. These are awarded to outstanding translators for work published during the last year.
The Sebald Lecture is given annually on an aspect of literature in translation. Previously known as the St Jerome Lecture, the lecture was renamed in honour of the founder of BCLT, the late W G Sebald (1944–2001) who died eight years ago just as his remarkable voice was beginning to reach a wider public. 'Max' was a German writer who opted to live in the UK and continue writing in German.
His novels and essays include The Rings of Saturn, The Emigrants, Austerlitz,and On the Natural History of Destruction and established him as a leading writer of the 20th century.
Previous speakers have included Seamus Heaney, Marina Warner, Susan Sontag, Carlos Fuentes, Louis de Bernières, David Constantine and Hans Magnus Enzensberger. An edited transcript of the 2008 lecture given by Louis de Bernières is available in a previous issue of In Other Words.
Will Self is the author of seven novels, four novellas and five collections of shorter fiction, all of which have been extensively translated. He has worked as a journalist for a plethora of publications and six collections of his journalism and essays have appeared in book form.
His novel How the Dead Live was shortlisted for the Whitbread Award, he won the Geoffrey Faber Award for his first short story collection,and the Wodehouse Prize for his last novel The Butt.He has also received the Aga Khan Award for Fiction. He is a frequent broadcaster on television and radio and lives in South London with his wife, the journalist Deborah Orr and two of their four children.
04 juillet 2011
Hemipode | Amiina
03 juillet 2011
Eh Joe | Samuel Beckett (1965)
Klaus Herm : Joe, Billie Whitelaw : Voice.
« Voice should be whispered. A dead voice in his head. Minimum of colour. Attacking. Each sentence a knife going in, pause for withdrawal, then in again. » (Samuel Beckett à Alan Schneider, 7 avril 1966).
WOMAN'S VOICE:
Joe ...
(Eyes open, resumption of intentness.)
Joe ...
(Full intentness.)
Thought of everything? ... Forgotten nothing?... You're all right now, eh? ... No one can see you now … No one can get at you now ... Why don't you put out that light? ... There might be a louse watching you ... Why don't you go to bed? ... What's wrong with that bed, Joe? ... You changed it, didn't you? … Made no difference? ... Or is the heart already? ... Crumbles when you lie down in the dark ... Dry rotten at last ... Eh Joe?
> Le texte intégral est ici.
Atom Egoyan, à propos de Eh Joe (via A Piece of Monologue)
30 juin 2011
La redoutable simplicité d'André Dhôtel | France Culture, Une vie, une oeuvre, 2 janvier 2011
Par Stéphane Bonnefoi et Céline Ters.
> Télécharger
André Dhôtel, homme paradoxal ? Enseignant secret durant 30 ans à Coulommiers (« si j’ai enseigné la philosophie c’est pour ne pas être tenté d’en écrire »), il a bâti, dans la plus sobre des obsessions, une œuvre prolifique (près de 80 titres).
Marié tôt et époux fidèle, passionné de baignade et de pêche, l’homme a vécu, à l’instar d’un de ses héros, une « histoire de fonctionnaire ». Une étiquette, qu’en « paysan matois », il n’a jamais voulu décoller…
Lorsqu’il décroche en 1955 le prix Fémina pour Le pays où l’on n’arrive jamais, la plupart des critiques se laissent piéger par le caractère merveilleux du roman et la simplicité apparente de son auteur. Une simplicité qui tenait pourtant du « redoutable » pour son ami le poète Henri Thomas, comme pour tous ceux qui ont (re)découvert cette œuvre singulière : Jean Paulhan, Maurice Nadeau, Philippe Jaccottet, Jacques Brenner, Jérôme Garcin ou Jean-Pierre Sicre qui signe la renaissance de Dhôtel début 2000 aux éditions Phébus…
Les personnages anonymes de Dhôtel sont un peu de nous : paresseux, légèrement voleurs, vagabonds dans l’âme, menteurs, amoureux ou trompés… Des êtres banals en somme. Des anti-héros. Leur seule qualité ou plutôt leur chance, c’est la nature ardennaise, pleine de détours et malicieuse. C’est en se confrontant à elle, en s’y perdant, que les personnages de Dhôtel retrouvent leur enfance. Ou plutôt quelque chose d’une pureté originelle. Car une aventure dhôtelienne commence presque toujours par une expérience de l’égarement : il faut se perdre pour que quelque chose arrive. Peu importe de s’y retrouver…
Tours et détours dans le Dhôtelland ardennais (par un temps de Toussaint) avec : Roland Frankart, incollable dhôtellien, Michel Gillet, l’ami-sculpteur-épicurien, le compagnon privilégié du « promeneux », Franz Bartelt, lecteur tour à tour nostalgique et ébloui du Pays où l’on n’arrive jamais et de La chronique fabuleuse, Patrick Reumaux, l’ami mycologue, le fin lecteur d’une œuvre pas si « merveilleuse »… Et la voix d’André Dhôtel (archives INA). Lectures de Franz Bartelt et de Garance Clavel.
Balmorhea :: 2e Daytrotter Session (Getting Away From It All, Getting Somewhere), 22 juin 2011
29 juin 2011
Le Mensonge / Pour un oui ou pour un non | Nathalie Sarraute, France Culture, Fiction, Théâtre et Cie, 3 janvier 2010
Le mensonge
Pièce enregistrée sous la direction de Jacques Lassalle. Réalisation : Etienne Vallès.
Neuf personnages se déchirent parce que l'un d'entre eux a osé rompre l'harmonie du groupe en dénonçant un petit mensonge apparemment sans conséquences, un de ces "riens" qui tissent la trame du quotidien. C'est Pierre, l'ennemi, l'implacable machine à dire la vérité. C'est lui qu'il faut guérir. Pour cela tout sera bon : supplications, procès en règle, jeu de rôles en forme d'authentique psychodrame. Mais Pierre est le plus fort. Ses soupçons entretiendront jusqu'au bout la tension de cette farce aux allures de tragédie. Cette pièce, écrite en 1966 à la demande de la radio de Stuttgart, inaugurait avec Le Silence le « théâtre de langage » que Nathalie Sarraute avait longtemps cru irréalisable : « C'est un théâtre de langage. Il n'y a que du langage. Il produit à lui seul l'action dramatique... Je pense que c'est une action dramatique véritable, avec des péripéties, des retournements, du suspense, mais une progression qui n'est produite que par le langage. » (Le Monde, 19 janvier 1967.)
Avec : Roland Bertin (Robert), Françoise Lebrun (Yvonne), Aurélie Billetdoux (Lucie), Mireille Perrier (Simone), Pierre Constant (Jacques), André Marcon (Pierre), Pascal Reneric (Vincent), Caroline Piette (Juliette), Véronique Alain (Jeanne).
Pour un oui ou pour un non
D'après la mise en scène de Jacques Lassalle. Réalisation : Etienne Vallès.
H1 et H2, deux amis d'enfance, se retrouvent pour une discussion franche et ouverte. C'est le dialogue de deux hommes qui se connaissent de longue date, cultivent l'amitié et les souvenirs ; une conversation de bon aloi, n'était cette goutte de venin qui dégrade rapidement l'atmosphère chaleureuse de leur tête-à-tête. C'est que l'un reproche à l'autre des paroles malheureuses, se sent blessé, remet en cause l'estime affectueuse qu'ils semblaient partager... Car H1 a dit, avant que la pièce commence : « C'est bien... ça... » Et ces quelques mots font l'effet d'une tornade...
Avec : Jean-Damien Barbin, Hugues Quester, Véronique Alain, Nicolas Bonnefoy.
Assistance technique et montage : Xavier Lévêque Prise de son et mixage : Julien Doumenc Assistante à la réalisation : Marie Casanova.
27 juin 2011
26 juin 2011
Armand Robin bouge encore | France Culture, La Fabrique de l'histoire, 21 juin 2011

Un documentaire d’Anne Kropotkine et Anne Fleury.
> Télécharger
« Déambulant de langue en langue », Armand Robin a multiplié les genres : poésie, prose, traductions, bulletins d’écoute des radios étrangères, travaux critiques et création radiophonique. De ces diverses expériences surgit une œuvre éclatée qui privilégia la voix des autres et l’éloigna de lui-même. L’écrivain est allé jusqu’à affirmer son inexistence, quoique né en 1912 et mort en 1961.
La « non œuvre » d’Armand Robin, longtemps introuvable et éparpillée, demeure largement méconnue, si ce n’est par une petit groupe de connaisseurs et d’admirateurs souvent ralliés à une image simplificatrice de poète maudit, excentrique et anarchiste… L’auteur lui-même a participé à la fabrication de son mythe en laissant courir de nombreuses versions contradictoires à propos d’étapes cruciales de son évolution.
Ainsi les coulisses de la postérité d’Armand Robin sont semées de pièges et nous sommes forcément tombées dans certains d’entre eux. Françoise Morvan, auteur et traductrice, a découvert Armand Robin, en 1968. Elle a eu à cœur de revenir aux sources et de mettre au jour, presque archéologiquement, les fragments de cette œuvre.
Avec André Markowicz (traducteur et écrivain), Georges Monti (fondateur des éditions Le Temps qu’il fait), Françoise Morvan (traductrice et écrivain) et Michel Ragon (écrivain). Textes lus par Christophe Brault.
> Sur le blog La Main de singe, un long billet consacré à Armand Robin avec, entre autres, un bulletin d'écoute de 1956, quelques citations (Cioran, Perros...), un texte lu par Jean-Luc Godard (qui a tout l'air d'un canular) et surtout l'émission de télévision de 1960 Il écrivait le français dans le texte dont Robin était l'invité (on peut aussi la trouver ici sur le site de l'INA).
